Moingt Livre 59996Comment penser la mission de l’Église aujourd’hui dans un contexte de sécularisation? Le Père Joseph Moingt, né en 1915 en France, est un prêtre jésuite français, théologien, auteur de plusieurs ouvrages. L´Évangile sauvera l´Église (Ed. Salvator, 2013) est un recueil d’une dizaine de conférences données par le Père Moingt en «réponse aux inquiétudes des chrétiens sur l’avenir de l’Église» et «plus encore du christianisme». Il a été le point de départ d’une discussion lors d’une réunion du groupe Baptisés en dialogue (BED) à Genève, avec une présentation par un de ses membres, Philippe Dupraz. Retour sur les points forts de l’ouvrage avec M. Dupraz.

 

L'analyse du Père Moingt partent d’un constat plutôt sombre de la situation actuelle?
«C’est juste. Les rangs des fidèles se clairsement, les prêtres se raréfient. L’Église s’organise en fonction du petit nombre de prêtres et incite les fidèles à se rassembler là où il y en a. Avec sa structure hiérarchique (évêques, prêtres) l’Église catholique a pris l’habitude d’enseigner, or les auditoires se vident. Cette organisation ne résiste pas au monde qui change. La laïcité, l’indifférence religieuse et l’incroyance, se développent. Et cinquante ans après le Concile Vatican II, on constate que la vitalité de l’Église diminue malgré tout. Mais ce n’est pas la foi qui s’écroule, c’est la religion, comprise comme un ensemble de croyances et de pratiques. On confond la foi et la religion, la foi et le culte, le sacré, la tradition. Pour Joseph Moingt sj, nous ne vivons pas seulement une crise de l’Église mais une crise de l’humanité. C’est le sens de l’homme qui est menacé.»

La confusion entre foi et religion est-elle récente ?
«Jésus n’a pas fondé d’Église ni de religion, il est venu annoncer le Royaume. Il ne voulait pas remplacer le judaïsme par une nouvelle religion. Il n’a laissé ni rituel ni code, ne cherchait pas à fonder une Église destinée à traverser les siècles. Il n’a pas ordonné de prêtres. Le seul rite institué par Jésus est le partage du pain au cours d’un repas fraternel. A l’époque apostolique, l’évangélisation ne passait pas par des églises, il n’y en avait pas. Il s’agissait de propager la parole de l’Évangile. Joseph Moingt nous explique que la distinction clerc-laïc apparait au début du 3ème siècle avec les premiers prêtres qui sont évêques. Cette structure hiérarchique s’explique à l’époque des premiers siècles où les laïcs étaient souvent illettrés. Les clercs seuls avaient la connaissance. La sacralisation de la charge épiscopale s’est faite sous la pression des dangers des hérésies. Mais le christianisme devenu religion, puis religion d’empire, a voulu s’imposer au monde comme l’unique et nécessaire voie de salut. Devenue religion d’empire, l’Église prend le modèle d’organisation impériale. On ne devenait plus chrétien par conversion à l’Évangile, mais par le baptême reçu à la naissance et suivi d’une éducation conforme à la tradition familiale et sociale.»

Et aujourd’hui ?
«Avec la modernité, l’idée de Dieu est en train de disparaître, c’est un phénomène profond de civilisation. Tous ceux qui croyaient sous la pression de la croyance commune, qui ne faisaient pas l’effort de croire par eux-mêmes, leur foi s’en va sans qu’ils s’en aperçoivent. Depuis le milieu du Moyen-Age, l’Église a ressenti toutes les libertés conquises par les sociétés sécularisées et laïcisées comme autant d’atteintes au pouvoir religieux qu’elle pensait tenir directement de Dieu.
»Mais le christianisme a quelque chose d’important à dire, aussi parce qu’il est né hors religion, affirme le Père Moingt. Vatican II reconnait aux laïcs le rôle actif dans la mission salutaire de l’Église, il leur reconnaît la même dignité que les membres consacrés de l’Église. Nous sommes tous «prêtres, prophètes et rois» (Constitution Lumen gentium).
»La foi a besoin de se dire et de s’écouter, de se communiquer à d’autres pour rester vivante. La foi se reçoit par le témoignage. Elle doit aussi se traduire par des actes. La foi chrétienne a de quoi répondre aux besoins de liberté de l’homme.»

En titrant son ouvrage L´Évangile sauvera l´Église, que suggère le Père Moingt?
«L’Évangile est une façon de vivre. L’Évangile parle plus d’éthique que de religion: pardon fraternel, amour des époux, amour du prochain et des ennemis, aide mutuelle, humilité, service des plus petits. L’Évangile devrait mettre l’Église sur le chemin de l’humanisme, car l’humanité est en danger de se perdre. La vie évangélique se communique plus sûrement par le partage que par l’enseignement. La mission de l’Église est loin de s’arrêter à entretenir la foi des fidèles ou leur vie sacramentelle et à subvenir au culte ou aux besoins religieux des populations, elle lui commande d’annoncer l’Évangile au monde entier.
»L’Église a toujours parlé dans un monde religieux, elle n’a jamais eu besoin d’annoncer Dieu, et maintenant que le monde a perdu l’idée de Dieu, elle ne sait plus quel langage lui parler. L’Église aime bien enseigner la morale au nom d’un droit naturel dont elle se prétend la meilleure interprète, mais le monde ne reçoit plus un enseignement donné sur le mode d’autorité.»

Comment annoncer l’Évangile aujourd’hui?
«Joseph Moingt affirme que le lieu de l’annonce évangélique n’est pas celui où se rassemblent les fidèles pour rendre grâce et gloire à Dieu, mais c’est le monde où Dieu n’est plus connu et où le Christ souffre des souffrances du monde. Jeter les semences de l’Évangile dans la société et dans le cœur des hommes est la mission des laïcs. L’Église devrait les envoyer. Les fidèles laïcs sont porteurs de la mission de l’Église. Pour Joseph Moingt, il faut sauver l’homme et sa dignité menacée. «Pour moi, le salut ne vient pas de la religion; même dans l’Église catholique, il n’est pas lié à la religion, mais à la charité», affirme le père jésuite pour qui l’Église tend à chercher son salut en se repliant sur elle-même, sur sa tradition, ses pratiques et ses dogmes. Mais «elle ne trouvera son salut qu’en cherchant le salut du monde». Il est important de souligner que même s’il semble parfois malmener la hiérarchie, le Père Moingt précise à plusieurs reprises son rôle, son caractère irremplaçable, notamment pour la sauvegarde du caractère universel de la foi chrétienne.
»Avoir des églises pleines n’est pas un but en soi. Cela peut venir d’un besoin de religion, de ritualité, mais l’Église ne pourra pas continuer à vivre en confiant toutes les responsabilités à un organisme clérical. Pour Joseph Moingt, il est faux de penser que l’Église est condamnée à disparaître faute de prêtres. La vie de l’Église ne se limite pas à la pratique d’un rite, à la pratique dominicale. Le ministère épiscopal de la succession apostolique est nécessaire pour rattacher les chrétiens de tous les temps à leur origine historique, à la révélation de Dieu dans le Christ, et pour leur garantir l’authenticité de la suite du Christ qu’ils vivent dans l’Église d’aujourd’hui.»

Le Père Moingt insiste beaucoup sur la démocratie et le rôle des laïcs.
«Oui, selon lui, il faut accepter un certain degré de démocratie. Une modification des rapports entre clercs et laïcs est nécessaire. Les laïcs devraient prendre des libertés, se constituer en petites communautés missionnaires et évangéliques pour étudier, méditer et célébrer l’Évangile. Ces communautés doivent examiner avec d’autres personnes, croyantes ou non, en quoi la société est en rupture avec la fraternité universelle, et examiner quels remèdes inspirés par l’Évangile pourraient être appliqués. Le rôle des chrétiens est de soulager les misères et d’interpeller leurs concitoyens, même incroyants. La réforme ne viendra pas d’en haut et il appelle les chrétiens à se battre non pas pour sauver leur religion, mais pour sauver l’Évangile.
»Le Père Moingt incite les fidèles laïcs à se rassembler sur leurs lieux de vie, pour y méditer l’Évangile, s’en instruire et s’en imprégner, pour le célébrer aussi sacramentellement entre eux -car on ne peut pas séparer la parole du Christ de son corps-, pour inciter les gens de leur entourage à venir discuter de leurs problèmes avec eux et leur dire, sur le ton de l’entretien, comment les chrétiens vivent, eux, les mêmes problèmes dans l’esprit de l’Évangile.
»Il y a différentes formes possibles d’eucharisties: des eucharisties canoniques et des eucharisties domestiques. Cette distinction se faisait déjà dans les premiers siècles de l’Église. Lors de l’eucharistie canonique, la messe autour du prêtre ou de l’évêque a la signification de rassembler tout le corps de l’Église, donc a une portée universelle. L’eucharistie domestique est partage fraternel du pain et du vin entre chrétiens qui se rencontrent en petites communautés pour partager la Parole et faire mémoire du Christ. Il faudrait demander à l’évêque d’habiliter le président de la communauté à présider des célébrations eucharistiques de type domestique. Il ne s’agirait pas d’une consécration.»

Que vous a apporté ce livre?
«Ce livre a apporté beaucoup de réponses à mes questions et m’a permis de réfléchir librement, sans conflit de loyauté avec mon Église. Le Père Moingt centre toute sa réflexion sur ce qui me paraît être l’essentiel: le témoignage de Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité pour restaurer l’humanité tout entière dans le projet de création de Dieu.»

Cet article de Silvana Bassetti
a paru dans le Courrier pastoral
de l'ECR de juin 2017

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