Souveral ferro saints2017Le pape François a canonisé 35 nouveaux saints au cours de la messe célébrée sur la place Saint-Pierre, le 15 octobre dernier. Le père jésuite brésilien André de Soveral à Cunhau, et le prêtre portugais Ambrosio Francisco Ferro à Natal, se distinguent plus particulièrement dans ce groupe de martyrs. "On raconte que le P. Soveral (1572-1645), était en train de célébrer la messe dominicale, le 16 juillet 1645, lors de l’irruption des soldats hollandais dans son église. Prévoyant ce qui allait se passer, il a exhorté ses fidèles à se préparer à mourir en priant et demandant pardon à Dieu pour leurs péchés. Aux soldats, il a demandé de ne pas profaner les vases sacrés et de ne pas toucher le ministre, mais il a été frappé aussitôt, comme les autres, d’un coup de sabre. Seul un laïc victime du massacre a été identifié, Domenico Carvalho, un notable de la ville, qui fait partie des futurs saints." Note Aleteia dans son article du jour.

 

Sans amour, la vie chrétienne devient «une morale impossible»

Homélie du 15 octobre 2017 pour la canonisation de 35 bienheureux (Texte intégral)

«Aujourd’hui, ce Dieu, qui ne perd jamais l’espérance, nous entraîne à faire comme lui, à vivre selon l’amour véritable, à dépasser la résignation et les caprices de notre moi susceptible et paresseux », a déclaré le pape François en célébrant la messe de canonisation de 35 bienheureux, ce 15 octobre 2017, place Saint-Pierre. Le pape a invité à se demander si l’on est «du côté du moi ou du côté de Dieu», mettant en garde contre les commodités et la routine qui éloignent de l’amour. «Si l’amour se perd, a-t-il prévenu, la vie chrétienne devient stérile, devient un corps sans âme, une morale impossible, un ensemble de principes et de lois à faire cadrer sans un pourquoi».

Au début de la célébration en présence de 35 000 fidèles, le pape a présidé le rite de canonisation des bienheureux André de Soveral sj et Ambrosio Francisco Ferro, prêtres diocésains, Mateus Moreira, laïc et 27 compagnons, premiers martyrs du Brésil ; de Cristobal, Antonio et Juan, adolescents martyrs du Mexique ; de Faustino Míguez, prêtre espagnol ; et d’Ange d’Acri, capucin italien.

La vie chrétienne, a souligné le pape dans son homélie, est «une histoire d’amour avec Dieu». Il a invité à se demander «si, au moins une fois par jour, nous confessons au Seigneur notre amour pour Lui; si nous nous souvenons, parmi tant de paroles, de lui dire chaque jour: “Je t’aime Seigneur. Tu es ma vie”». Et d’évoquer le «danger»: «une vie chrétienne de routine, où on se contente de la “normalité”, sans élan, sans enthousiasme, et avec la mémoire courte».

Pour le pape, on s’éloigne de l’amour, «non par méchanceté, mais parce qu’on préfère ce qui est à soi: les sécurités, l’auto-affirmation, les commodités… Alors on s’étend sur les fauteuils des gains, des plaisirs, de quelque hobby qui rend un peu joyeux mais ainsi on vieillit vite et mal, parce qu’on vieillit à l’intérieur: quand le cœur ne se dilate pas, il se ferme. Et quand tout dépend du ‘moi’ –de ce qui me va, de ce qui me sert, de ce que je veux– on devient également rigides et méchants, on réagit de mauvaise manière pour un rien».

«Dieu est le contraire de l’égoïsme, de l’auto-référentialité, a insisté le pape… Devant les “non”, il ne claque pas la porte, mais il inclut encore davantage. Devant les injustices subies, Dieu répond par un amour encore plus grand… Alors qu’il souffre à cause de nos “non”, Dieu continue au contraire de relancer, il continue de préparer le bien même pour celui qui fait le mal. Parce qu’ainsi fait l’amour; parce que seulement ainsi il vainc le mal. » (Zenit/réd.)

Homélie du pape François

La parabole que nous avons entendue nous parle du Royaume de Dieu comme d’une fête de noces (cf. Mt 22, 1-14). Le protagoniste est le fils du roi, l’époux, dans lequel il est facile d’entrevoir Jésus. Dans la parabole, cependant, on ne parle jamais de l’épouse, mais des nombreux invités, désirés et attendus: ce sont eux qui revêtent l’habit nuptial. Ces invités, ce sont nous, nous tous, parce qu’avec chacun de nous le Seigneur désire «célébrer les noces». Les noces inaugurent la communion de toute la vie: c’est tout ce que Dieu désire avec chacun de nous. Alors, notre relation avec lui ne peut être seulement celle des sujets dévoués avec le roi, des serviteurs fidèles avec le patron ou des écoliers appliqués avec le maître, mais c’est surtout celle de l’épouse aimée avec l’époux. En d’autres termes, le Seigneur nous désire, nous cherche et nous invite, et il ne se contente pas que nous accomplissions bien nos devoirs et observions ses lois, mais il veut avec nous une véritable communion de vie, une relation faite de dialogue, de confiance et de pardon.

Voilà la vie chrétienne, une histoire d’amour avec Dieu, où le Seigneur prend gratuitement l’initiative et où aucun de nous ne peut revendiquer l’exclusivité de l’invitation : personne n’est privilégié par rapport aux autres, mais chacun est privilégié devant Dieu. De cet amour gratuit, tendre et privilégié naît et renaît toujours la vie chrétienne. Nous pouvons nous demander si, au moins une fois par jour, nous confessons au Seigneur notre amour pour Lui; si nous nous souvenons, parmi tant de paroles, de lui dire chaque jour: “Je t’aime Seigneur. Tu es ma vie”. Parce que, si l’amour se perd, la vie chrétienne devient stérile, devient un corps sans âme, une morale impossible, un ensemble de principes et de lois à faire cadrer sans un pourquoi. Au contraire, le Dieu de la vie attend une réponse de vie, le Seigneur de l’amour attend une réponse d’amour. S’adressant à une Église, dans le livre de l’Apocalypse, il fait un reproche précis: «Tu as abandonné ton premier amour» (2, 4). Voilà le danger: une vie chrétienne de routine, où on se contente de la “normalité”, sans élan, sans enthousiasme, et avec la mémoire courte. Ravivons au contraire la mémoire du premier amour : nous sommes les bien-aimés, nous sommes les invités aux noces, et notre vie est un don, parce que chaque jour est l’occasion magnifique de répondre à l’invitation.

Mais l’Évangile nous met en garde: l’invitation peut être refusée. Beaucoup d’invités ont dit non, parce qu’ils étaient pris par leurs intérêts: «ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ l’autre à son commerce», dit le texte (Mt 22, 5). Une parole revient: son ; c’est la clé pour comprendre le motif du refus. Les invités, en effet, ne pensait pas que les noces soient tristes ou ennuyeuses, mais simplement «ils n’en tinrent aucun compte»: ils étaient détournés par leurs intérêts, ils préféraient avoir quelque chose plutôt que de se mettre en jeu, comme l’amour le demande. Voilà comment se prennent les distances avec l’amour, non par méchanceté, mais parce qu’on préfère ce qui est à soi: les sécurités, l’auto-affirmation, les commodités… Alors on s’étend sur les fauteuils des gains, des plaisirs, de quelque hobby qui rend un peu joyeux mais ainsi on vieillit vite et mal, parce qu’on vieillit à l’intérieur : quand le cœur ne se dilate pas, il se ferme. Et quand tout dépend du ‘moi’ – de ce qui me va, de ce qui me sert, de ce que je veux – on devient également rigides et méchants, on réagit de mauvaise manière pour un rien, comme les invités de l’Évangile, qui arrivent à insulter et même à tuer (cf. v. 6) tous ceux qui portaient l’invitation, seulement parce qu’ils les incommodaient.

Alors l’Évangile nous demande de quel côté être: du côté du moi ou du côté de Dieu ? Parce que Dieu est le contraire de l’égoïsme, de l’auto-référentialité. Lui – nous dit l’Évangile – devant les refus continuels qu’il reçoit, devant les fermetures des regards de ses invités, continue, ne renvoie pas la fête. Il ne se résigne pas, mais il continue d’inviter. Devant les “non”, il ne claque pas la porte, mais il inclut encore davantage. Devant les injustices subies, Dieu répond par un amour encore plus grand. Nous, quand nous sommes blessés par des torts et des refus, nous éprouvons souvent de l’insatisfaction et de la rancœur. Alors qu’il souffre à cause de nos “non”, Dieu continue au contraire de relancer, il continue de préparer le bien même pour celui qui fait le mal. Parce qu’ainsi fait l’amour; parce que seulement ainsi il vainc le mal. Aujourd’hui, ce Dieu, qui ne perd jamais l’espérance, nous entraîne à faire comme lui, à vivre selon l’amour véritable, à dépasser la résignation et les caprices de notre moi susceptible et paresseux.

Il y a un dernier aspect que l’Évangile souligne: le vêtement des invités est indispensable. Il ne suffit pas en effet de répondre une fois à l’invitation, de dire “oui” et puis c’est tout, mais il faut revêtir l’habit, il faut l’habitude de vivre l’amour chaque jour. Parce qu’on ne peut dire: “Seigneur, Seigneur” sans vivre et mettre en pratique la volonté de Dieu (cf. Mt 7, 21). Nous avons besoin de nous revêtir chaque jour de son amour, de renouveler chaque jour le choix de Dieu. Les Saints canonisés aujourd’hui, les nombreux Martyrs, surtout, indiquent cette voie. Ils n’ont pas dit “oui” à l’amour en paroles et pour un moment, mais par leur vie et jusqu’au bout. Leur habit quotidien a été l’amour de Jésus, cet amour fou qui nous a aimés jusqu’au bout, qui a laissé son pardon et son vêtement à ceux qui le crucifiaient. Nous aussi, nous avons reçu dans le baptême le vêtement blanc, l’habit nuptial de Dieu. Demandons-lui, par l’intercession de ces saints, nos frères et sœurs, la grâce de choisir et d’endosser cet habit chaque jour et de le maintenir propre. Comment faire? Par-dessus tout en allant recevoir sans peur le pardon du Seigneur : c’est le pas décisif pour entrer dans la salle de noces afin de célébrer la fête de l’amour avec Lui.

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