COMECE PopeFrancisLe très attendu discours de clôture du pape François a été le point d’orgue des journées du Dialogue de Rome «Repenser l’Europe» qui se sont tenues du 27 au 29 octobre 2017 au Vatican. Pour commencer, le Saint-Père a évoqué avec un réalisme mesuré, la pluralité de cultures et de religions en Europe et constaté que «pour beaucoup, le christianisme est perçu comme un élément du passé, lointain et étranger». Sa critique a pointé un préjugé laïciste, qui n’est pas en mesure de «discerner la valeur positive pour la société du rôle public et objectif de la religion» et veut la reléguer «à une sphère purement privée et sentimentale».

Se recentrer sur la personne humaine

Bien qu’il parle moins que ses prédécesseurs des racines chrétiennes de l’Europe, il est indéniable que, pour François, les pays d’Europe ont été modelés au cours des siècles par la foi chrétienne. Comme il l’avait déjà indiqué dans son discours de réception du prix Charlemagne, mettre l’être humain au premier plan constitue la contribution la plus importante des chrétiens à l’Europe d’aujourd’hui. Il a clairement indiqué comment les débats d’aujourd’hui se réduisent à une discussion de chiffres: «Il n’y a pas de citoyens, il y a des suffrages. Il n’y a pas de migrants mais des "quotas", pas de travailleurs mais des "indicateurs économiques". Il n’y a pas de pauvres mais des seuils de pauvreté. Le caractère concret de la personne humaine est ainsi réduit à un principe abstrait, plus commode et plus rassurant. »

Il a en revanche célébré les personnes et les visages qui nous obligent à une responsabilité active et personnelle. Il y avait là un point de contact intéressant avec le discours d’ouverture de Frans Timmermans, le premier vice-président de la Commission européenne. Pour ce dernier, la capacité d’appréhender le monde à travers le regard de l’autre est une spécificité du christianisme: «Quand bien même il s’agirait d’un réfugié africain dont l’embarcation est ballottée en Méditerranée. »

Redécouvrir le sens de la communauté

La seconde contribution des chrétiens à l’avenir de l’Europe, se trouve selon le pape dans «la redécouverte du sens d’appartenance à une communauté». Il a avancé cette remarque intéressante selon laquelle les Pères fondateurs ont choisi précisément ce mot pour décrire le projet européen, en ajoutant que la communauté est l’antidote le plus efficace contre un individualisme croissant, qui aboutit à une société déracinée, privée du sens d’appartenance et d’héritage.

Le pape a ensuite énuméré les piliers de l’édifice Europe: le dialogue, l’inclusion, la solidarité, le développement et la paix. Il a souligné que la responsabilité fondamentale de la politique consiste à favoriser le dialogue, c’est-à-dire chaque dialogue. Dans ce contexte, il a également mentionné les tendances extrémistes et populistes qui substituent les cris de vengeance au dialogue. On en vient maintenant à détruire les ponts et à ériger de nouveaux murs. Au contraire, le Pape a rappelé que les chrétiens comprennent la politique comme le plus grand service du bien commun et non comme une charge de pouvoir.

L’Europe en tant que communauté inclusive

S’agissant des réfugiés et les migrants, le Pape a appelé à une Europe qui soit une «communauté inclusive», reprenant un de ses leitmotivs, qui consiste à considérer les migrants comme un apport plutôt que comme un poids. Il se peut que certains se soient indignés de la phrase suivante: «Surtout devant le drame des déplacés et des réfugiés, on ne peut pas oublier le fait qu’on est devant des personnes, qui ne peuvent pas être choisies ou rejetées selon le bon vouloir, suivant les logiques politiques, économiques, voire religieuses.» Formulé plus directement: il n’est pas chrétien de vouloir uniquement accueillir les réfugiés chrétiens. Mais, de manière réaliste, il a également exhorté à un règlement politique du phénomène migratoire, tout en exhortant les migrants à se montrer prêts à accepter la culture des nations qui les accueillent.

Les risques d’une globalisation sans âme

Si l’Europe se redécouvre communauté et se souvient des principes de solidarité, de subsidiarité et de l’option pour les pauvres, elle peut devenir alors, selon le pape François, une «source de développement pour elle-même et pour le monde entier». Ce faisant, le Pape a défendu une définition plus large du développement, dépassant la dimension économique, idée qu’il a développée dans son encyclique Laudato si. Le travail et des conditions de travail décentes jouent à cet égard un rôle essentiel. Dans cette perspective, il a notamment rendu hommage aux entrepreneurs chrétiens, qui sont le meilleur antidote contre une «globalisation sans âme », qui « plus attentive au profit qu’aux personnes, crée des poches diffuses de pauvreté, de chômage, d’exploitation et de mal être social ».

À la fin de son discours, le pape a cité un passage de la «lettre à Diognète», datant des débuts du christianisme: «Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde.» Cela nous rappelle l’expression attribuée à Jacques Delors «Donner une âme à l’Europe». François a partagé sa foi et son espérance que les chrétiens d’aujourd’hui peuvent être à la hauteur de cette tâche.

Martin Maier sj
Jesuit European Social Center-JESC

Version originale de l’article paru sur le site www.europe-infos.eu: en allemand