PierreEmonet 2016 portraitWeb 2 ced65

Le point de vue de Pierre Emonet sj

Directeur de la revue choisir, mensuel culturel jésuite, Pierre Emonet jette un regard amical et critique sur l'actualité. Petit exercice de l'art ignatien du discernement pour se tenir à distance du politiquement correct.


Juin 2017

Des mœurs indignes

L'Office Cantonale de la Population et des Migrations serait-il un piège pour les migrants? On peut le croire à entendre l’histoire d’Angèle, arrêtée de la manière la plus perfide et renvoyée brutalement en Italie, où elle survit comme une SDF à Milan. À peine Angèle a-t-elle obtenu le prolongement de son aide d’urgence pour une semaine, qu’à la sortie des bureaux de l’OCPM, la police -qui ce jour-là n’était pas en grève- surgit pour l’arrêter, la menotter et la rançonner. Son histoire, publiée dans le dernier bulletin INFOS Juin 2017 de l’AGORA, est digne de figurer dans une anthologie de la honte.


Deviens ce que tu manges

«Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; le pain que je donnerai, c’est ma chair.» Seule la routine nous permet d’entendre de tels propos sans nous émouvoir ou protester. Car ils résonnent comme une provocation, et on comprend la perplexité des auditeurs de Jésus. Qui cherche le «comment» et prétend analyser, mesurer, calculer, reste sur sa faim. Ici, la physique, la chimie, les mathématiques, les sciences naturelles n’ont pas voix au chapitre. Elles sont dépassées. Le mystère de l’Incarnation appartient à un autre ordre, celui de la générosité divine et de la confiance qu’on veut bien lui accorder. Le Verbe s’est fait chair, et la chair s’est faite pain: cela est dit dans un contexte de pure gratuité, après une étonnante multiplication des pains.

Loin de se lancer dans des explications, Jésus affirme de plus belle que qui veut vivre de la vie de Dieu doit manger sa chair, comme on croque ou on mâche un bon pain pour l’assimiler et le digérer. Trop pudiques, les traducteurs n’ont pas osé reproduire le vocabulaire très crû du Seigneur; ils se sont contenté d’écrire manger sa chair.

Manger, c’est assimiler les aliments pour les transformer peu à peu en sa propre chair, seule manière de se maintenir en vie. Qui ne mange pas perd ses forces et finit par mourir. Le triste spectacle de la faim dans le monde en est l’illustration. Ainsi en va-t-il de la communion. Car, finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit: d’assimiler le Verbe fait chair humaine pour en faire sa propre chair. «Celui qui me mange vivra par moi».

Accepter d’assimiler la vie du Christ, telle un aliment qui doit devenir ma propre chair est une démarche à la fois redoutable et stimulante. Redoutable, parce qu’elle suppose que j’accepte de faire mienne la vie du Christ, que sa vie passe dans la mienne. Une vie toute donnée, ouverte, constructive. Décision explosive pour l’égoïsme natif et le repli sur soi, capable de désagréger tout ce qui tient en échec la pratique de l’Évangile. Mais la communion n’est pas seulement une exigence, elle est un repas, une nourriture, qui donne force et bonne santé pour faire face aux exigences dans lesquelles elle m’entraîne. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es!

Mai 2017

La prière instrumentalisée

Le Temps de ce samedi 27 mai rapporte que la fraternité Saint-Pie X se rassemble une fois par mois dans la chapelle œcuménique du CHUV, à Lausanne, pour prier afin de "réparer les crimes de l'avortement". La direction de l’hôpital comme les responsables de l’aumônerie tombent des nues : ils ignoraient tout de ce « pieux » squat qui dure, paraît-il, depuis près de dix ans.

S’il est légitime de prier pour une bonne cause, et d’estimer que la lutte contre l’avortement en est une, il n’est pas acceptable d’utiliser la prière comme un instrument politique, et de transformer la relation avec Dieu en arme de combat. Ces personnes peuvent bien prier chez elles, ou dans leurs propres églises où se réunit leur communauté. Personne ne peut leur en vouloir ; on ne peut que respecter leurs choix et leurs pratiques. Mais choisir la chapelle œcuménique du CHUV pour contester une pratique « légale » du CHUV, cela relève de la provocation. Plus qu’un acte de dévotion, il s’agit d’un acte politique travesti en pratique de piété. Pour éviter que les pharisiens n’instrumentalisent la religion et ne transforment la prière en une manif, dans l’Évangile selon Matthieu Jésus recommande de prier dans le secret, en prenant soin de fermer sa porte, à l’écart des regards, là où seul Dieu voit ce qui se passe.

 


 

Strabisme

Qu’est-ce qu’une Église parallèle ? La question se pose depuis que la Commission Ecclesia Dei chargée des relations avec la communauté schismatique d’Ecône a déclaré que Mgr Fellay n’avait jamais voulu créer une Église parallèle (cf. La Croix, 7.05.2017). Le même Mgr Fellay a cependant toujours affirmé haut et clair que sa communauté ne pouvait pas accepter l’intégralité de l’enseignement du concile Vatican II. Des documents aussi importants que ceux sur l’œcuménisme, la liberté de la foi et de la religion, la collégialité sont inacceptables pour les théologiens d’Ecône. Et leur prélat de déclarer que si un jour la Fraternité Saint Pie X réintègre l’Église catholique romaine, il faudra l’accepter telle qu’elle est. En position parallèle par rapport à l’ensemble de la communauté ecclésiale ? Un rien de strabisme dans le regard de ces négociateurs !

Mars 2017

Mars, le dieu de la violence

Ce mois de mars aura été bien occupé par les efforts des politiciens, souvent des hommes d’argent, à se profiler pour occuper le pouvoir. La série des candidats qui se bousculent au portillon de la présidence en France, les glissades dictatoriales du turc, les rodomontades et les décisions calamiteuses de l’américain, les douteuses incursions hors de son fief du russe, tous unis dans une même violence, l’argent et le pouvoir. Pour l’un comme pour l’autre on assassine depuis la nuit des temps. Et lorsqu’un politicien mobilise la religion au service de ses prétentions et tire le Bon Dieu dans son programme, la violence devient extrême, divine même. Le spirituel et le temporel confondus, tout est permis : l’État islamique aujourd’hui, les dictateurs espagnols, argentins et chiliens de sanglante mémoire, les croisades et les bûchers de l’Inquisition autrefois, toute cette violence et cette politique de mort au nom d’un dieu qui, comme Chronos, dévore ses enfants.

Février 2017

La démocratie en péril

Monsieur Trump a banni de sa présence les journalistes qui n’abondent pas dans son sens: CNN, New-York Time, Los Angeles Time, Politico, Buzz Fed ont été interdits d’accès au point de presse quotidien de la Maison Blanche. Seule la musique qui charme les oreilles du Président est autorisée. En Turquie, le Président Erdogan emprisonne les journalistes de l’opposition et ceux qui ne bêlent pas avec le troupeau de ses moutons. En Israël, le gouvernement refuse le visa à une ONG -Human Rights Watch, qui dénonce les exactions et les injustices contre les Palestiniens. Ces exclus sont accusés de partialité et de désinformation. Entendez qu’ils ne font que d’exercer de manière indépendante le droit fondamental à la liberté de pensée et d’expression de l’opinion publique. Ce qui s’appelle participer au débat démocratique ! Si dénoncer l’injustice ou la sottise d’un gouvernement est un crime, une atteinte à la sécurité de l’État, la démocratie est bel et bien condamnée à mort. À ces gouvernants qui ne veulent entendre que des propos qui flattent leurs oreilles je recommande la lecture et la méditation du petit traité de Plutarque: «Comment distinguer le flatteur de l’ami».

Les chroniqueurs

etienne perrotLe coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

PierreEmonet 2016 portraitWeb 2 1bb49Le point de vue
de Pierre Emonet sj

BrunoWeb 2 95ea8La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

LucRuedin vertical22 ef721Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

jean-bernard livioLes journées bibliques
de Jean-Bernard Livio sj

albert longchampLe coin lecture
d'Albert Longchamp sj

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.