D'hier à aujourd'hui de Jean-Blaise Fellay sj

JB FellayLa grande fresque éloquente que représente l’Histoire propose ses chemins sinueux pour envisager le présent, ses échos illuminant de ses feux notre siècle mouvementé.

Spécialiste de l’Histoire de l’Église, Jean-Blaise Fellay sj propose des passerelles entre les péripéties et les grands tourments d’hier et aujourd’hui.

Jean-Blaise Fellay sj a été rédacteur en chef et directeur de la revue choisir, et directeur spirituel des séminaires diocésains des évêchés de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.


Le christianisme va-t-il mourir?

VolluzLe chanoine Gratien Volluz © DR

En 1977, Jean Delumeau, grand historien de la Renaissance, posait la question. En effet, il faut le constater, une forme de christianisme est en train de disparaître. Celui qui est apparu à la Renaissance ou plus exactement à la suite du Concile de Trente.

C’est celui que j’ai connu en Valais dans ma jeunesse. Il était extraordinairement compact. De la naissance à la fin de la scolarité, il encadrait totalement la formation des jeunes. À l’école enfantine, j’ai eu des religieuses franciscaines, au primaire des marianistes, au collège une majorité de professeurs laïcs mais, à la tête de l’établissement, il y avait des ecclésiastiques à la forte personnalité intellectuelle et humaine. L’orientation générale des cours était celle que les Jésuites avaient créée au XVIe siècle sur la base des humanités gréco-latines, et qu’il avaient mis en place dans les collèges fameux de Lucerne, Fribourg, Brigue, Sion et Porrentruy. L’équivalent avait été mis en place par les Ursulines pour les jeunes filles. De surcroît, pendant les vacances, nous étions encore pris en charge par le scoutisme, qui, bien que d’origine britannique et protestante, était dûment accompagné par un aumônier catholique.

Je dois encore ajouter que, quand j’ai commencé à faire de l’alpinisme de manière professionnelle, j’y ai été initié par Gratien Volluz, chanoine de la Congrégation du Grand-Saint Bernard, guide de montagne vigoureux et prophète de la spiritualité alpine.
Et je dois dire que je ne m’en plains pas. Ce monde était un peu austère et parfois trop étroit, mais j’y ai appris et vécu tant de belles et fortes choses que j’en reste reconnaissant.

Entre temps, j’ai élargi et approfondi mes horizons en étudiant dans le monde entier. Et plus encore, j’ai du ouvrir et corriger les étroitesses et les contradictions de ma propre personnalité. C’est sur ce terrain que se jouent les évolutions les plus décisives. J’en sors, par contre, renforcé dans les axes principaux du christianisme que j’ai reçu: la foi en Dieu, le primat de l’amour, et surtout le lien personnel à la personne du Christ. J’ai de plus découvert progressivement, avec admiration, la richesse incroyable des différentes cultures chrétiennes qui se sont succédées au long de deux mille ans d’histoire. Depuis les débuts en Galilée dans un milieu de petits pêcheurs, le temps des persécutions dans le monde culturel juif et hellénistique, la conquête de l’empire romain, la floraison intellectuelle et artistique du monde byzantin, la construction théologique, politique et intellectuelle d’Augustin qui va régner sur plus d’un millénaire en Occident, la créativité architecturale et civilisationnelle du roman, du gothique, de la renaissance et du baroque, la dernière grande civilisation mondiale. Il y a eu, entre temps, l’épopée de la conquête des Amériques, devenues le plus important continent chrétien. Il y a aujourd’hui la croissance de l’Évangile en Afrique, en Chine, en Corée du Sud. Tout cela va modifier la situation mondiale.

Certes, la sécularisation en Occident érode massivement la culture chrétienne issue de la Renaissance, mais la faiblesse spirituelle évidente de la laïcité contemporaine ne rend que plus nécessaire la réponse aux besoins profonds de l’homme d’aujourd’hui. Depuis toujours, l’être humain rêve de justice, de plénitude, d’éternel et d’absolu. Si une culture y renonce, elle sombre dans le nihilisme. Au christianisme de savoir répondre à ce besoin et offrir un nouveau visage à la civilisation de l’amour. Moins pesant, plus libre, et encore plus entraînant.

Jean-Blaise Fellay sj

 

De l’alpage au barrage

MauvoisinBarrage de Mauvoisin © Wikimedia CommonsJ’ai assisté à la construction du barrage de Mauvoisin, qui était à l’époque le plus haut barrage-voûte du monde. Rehaussé, il représente encore aujourd’hui une réalisation remarquable.Son impact sur l’économie de la vallée fut gigantesque. Il fut conçu par un ingénieur de la vallée. Formé à l’école polytechnique de Zurich, il sut intéresser une grande société d’électricité suisse-allemande au projet. Le chantier exigea l’engagement de milliers d’ouvriers, dont une majorité d’Italiens. Il recruta également de la main d’œuvre locale. Et cela changea beaucoup de choses.

Le Val de Bagnes était célèbre pour l’herbe de ses alpages et la qualité de ses fromages. Son agriculture était dominée par l’utilisation intensive du fourrage et le nomadisme des troupeaux. Ils suivaient la fonte des neiges au printemps, et prenaient le chemin inverse à l’automne. La vente du fromage et du beurre constituait l’essentiel des recettes en fin de saison. Pour le reste, ces paysans de montagne vivaient en autarcie, grâce à leurs champs, leur jardin et leurs vignes. Leur situation ne différait guère de celle du monde agricole du reste du monde. L’arrivée des salaires ouvriers bouscula complètement le système.

Prenons une famille de voisins, petits paysans avec deux ou trois vaches et un peu plus d’enfants. Leur revenu annuel en espèces tournait autour d’un millier de francs. Quand les travaux du barrage sont lancés, le père et trois fils s’engagent: revenu mensuel quatre mille francs en tout. Même s’ils n’y travaillent pas toute l’année, leur situation change du tout au tout. Il refont la cuisine, amènent l’eau courante et l’électricité, construisent une salle de bain. En quelques années, les jeunes apprennent un métier, trouvent des engagements durables. Des routes, des tunnels ont été construits dans la vallée, le chemin de fer amélioré. Des machines agricoles permettent à la famille de récolter en une journée autant de foin qu’en trois jours auparavant.

La station de Verbier devient une petite cité alpine qui crée des emplois dans tous les corps de métier et surtout les activités hôtelières. La population, qui était restée stable pendant des siècles autour de 4'000 habitants, voit pendant la saison de ski plus de 35'000 touristes s’égayer sur les pistes.

En quelques décennies, le monde a changé.

Aucune aide de la Confédération n’aurait pu provoquer une telle transformation. Le Secours d’Hiver et autres actions caritatives n’apportaient que des habits et quelques provisions, aussi louable qu’ait été leur dévouement. C’est l’alliance d’une initiative locale audacieuse, la qualité du corps des ingénieurs et des ouvriers, et surtout les investissements massifs de grandes Compagnies du Plateau qui ont changé la vie du Haut Val de Bagnes. Et personne aujourd’hui ne s’en plaint, même si une haute barrière de béton ferme le fond de la vallée et que d’immenses pylônes balafrent les flancs du coteau.

Il reste des paysans de montagne, dont les techniques ont beaucoup évolué. De nouvelles maisons poussent dans les villages, des jeunes s’installent, ils ont trouvé des places de travail dans les environs. Cela n’efface pas le souvenir de la rude vie des alpages d’autrefois; les demeures rénovées conservent pieusement les photos et les outils des ancêtres. Mais personne ne pourrait revenir à la vie d’avant le barrage.

Jean-Blaise Fellay sj

 

L'étrange laïcité genevoise

MurReformateursGEÀ propos de Genève, on voit régulièrement apparaître dans les médias deux formulations devenues banales: «la cité de Calvin» et «la République laïque», censées représenter des caractéristiques fondamentales de la ville du bout du lac. Comme historien cela me fait sursauter, car la perspective de Calvin était l’inverse d’une séparation entre l’Église et l’État visée par la République laïque. Pour lui, la réformation religieuse n’était pas une question de conviction personnelle mais celle de la réalisation d’une République chrétienne. On a pu résumer la position des réformateurs protestants du 16e siècle dans les formules suivantes, pour Luther «comment puis-je être sauvé?», pour Zwingli «comment sauver ma paroisse?», pour Calvin «comment réformer la cité?».

C’est ainsi que ce dernier mit comme condition à son retour à Genève l’adoption par les autorités des «Ordonnances ecclésiastiques» qu’il avait rédigée. Elles exigeaient de chaque citoyen l’adhésion à la Confession de foi qu’il avait préparée, l’obligation d’assister aux prêches, la soumission aux décisions du Consistoire qui réglementait les questions de mariage, de mœurs, de comportement religieux. Cela fit de Genève un modèle très particulier d’Église-État qui fit sa réputation dans l’Europe entière. Pour Calvin, très bien formé juridiquement, il y avait une distinction entre le politique et le religieux mais aucune séparation. Une cité était «réformée» quand ses mœurs étaient réglées par l’Évangile et maintenue dans la discipline ecclésiastique par le bras séculier. Cela fit de Genève une cité modèle pour les huguenots français, les réformés bataves ou les puritains anglo-saxons.

À part l’intermède de l’incorporation dans l’Empire napoléonien, cette conception domina la ville jusqu’au vote de 1907. Celui-ci ne fut pas à proprement parler un vote de séparation de l’Église et de l’État, mais, plus modestement, le refus du budget des cultes. Il fut lancé par les catholiques, alliés à la gauche et à une partie du libéralisme protestant. C’était une conséquence de la politique du gouvernement Carteret qui avait donné les églises catholiques aux Vieux-Catholiques (ou Catholiques libéraux) et refusé de payer le clergé catholique romain, alors que leur salaire était versé aux pasteurs protestants et au prêtres (généralement mariés) catholiques libéraux. Comme les catholiques romains contribuaient par leurs impôts au budget du culte et n’en recevaient rien, ils décidèrent de voter pour l’égalité par «l’absence de budget».

C’était une décision très paradoxale, car deux ans plus tôt, en France, les catholiques avaient voté contre la séparation de l’Église et de l’État. D’autre part, la majorité des protestants genevois ne voulaient pas non plus d’une séparation, qui enlevait à l’Église nationale protestante sa position privilégiée. C’est donc par une curieuse alliance électorale qu’une majorité du corps électoral, catholiques et gauche réunis, vota pour l’abolition du budget des cultes alors que la majorité des catholiques et des protestants était favorable au maintien du lien entre l’État et l’Église. C’est la discrimination introduite par le gouvernement Carteret qui perturba l’alliance implicite entre les deux confessions chrétiennes. Elle ouvrit la porte à une laïcisation à la française, qui déplaisait aussi bien aux partisans du pape qu’aux disciples de Calvin.

À Genève, à la différence de la France, c’est la fracture confessionnelle qui occasionna la séparation, alors que la sécularisation n’avait pas encore atteint les foules. C’est un fait largement ignoré aujourd’hui par une grande partie des enseignants et des journalistes. Ce qui leur permet de juxtaposer sans réflexion l’étiquette «Cité de Calvin» à celle de «République laïque».

Jean-Blaise Fellay sj

Entre le bœuf et l’âne gris

Icone nativite christLes crèches de Noël sont aujourd’hui pourchassées car considérées comme prosélytes. Ce n’est pas le souvenir que j’en ai gardé de mon enfance. C’était au contraire, au cœur de la fête, une apparition merveilleuse et innocente. Quoi de moins dangereux, de plus fragile qu’un nouveau-né posé sur la paille sous le regard attendri de sa maman et l’attention protectrice de Joseph. Une source de joie aussi, vu que le ciel lui-même participait à la fête. Une étoile le regardait d’en haut, des chœurs d’anges chantaient sa louange, des paysans venaient avec des cadeaux, du pain, du lait, des œufs, un mouton. En plus, détail indispensable d’une scène bucolique, un âne et un bœuf -on était dans une étable!- réchauffaient de leur souffle l’enfant divin.

Ils ne sont pas dans les quatre évangiles, ces deux animaux, même s’ils font partie du bestiaire biblique. Jésus entrera à Jérusalem sur un âne, le bœuf est de tous les paysages de Judée et l’agneau deviendra même le symbole du Sauveur. C’est dans les évangiles tardifs, dits apocryphes, qu’ils apparaissent quelques siècles plus tard, ils ont été adoptés par le christianisme populaire, à partir des premières crèches inaugurées par s. François d’Assise au XIIIe siècle. Les artistes se sont joints d’enthousiasme. Un peintre doit représenter les choses, les rendre visibles, il ne peut pas manipuler des concepts, des abstractions. Les théologiens parlent d’«incarnation», les spirituels d’«humilité», que peut faire un illustrateur? Il montre un animal humble, serviable, bienveillant, et tout le monde comprend.

Même les "dogmaticiens", gens soupçonneux et inquisiteurs, n’ont pas fait opposition. Une des tentations perpétuelles du religieux, c’est le spiritualisme, le rejet du corps au profit de l’esprit, la fuite du monde et de la réalité concrète en direction de l’abstraction et de la désincarnation. L’âne têtu mais bon serviteur, le bœuf placide mais robuste compagnon du laboureur représentent au contraire l’évidence de la vie quotidienne, le travail des champs, l’importance de la récolte, du pain, de la nourriture, de tout ce dont le petit enfant qui vient de naître aura besoin pour survivre, grandir et prendre sa stature d’homme. Cela ne se fait pas qu’avec des textes sacrés et des articles de loi.

Dans la persécution contre les crèches en ce début de XXIe siècle, je ne vois pas seulement en action l’idéologie laïque et multiculturelle qui nous envahit mais encore la haine sourde de notre société, si tournée vers le technologique et le virtuel, envers le monde paysan et agricole qui lui rappelle trop ses origines bassement terriennes. Ne parlons plus de Dieu, de Jésus, ni de Marie et de Joseph. Et cachez-moi ce bœuf que je ne saurais voir, il pourrait me rappeler mes racines animales.
Non, moi je suis un moderne, j’ai mis dans mon salon un sapin en plastique et je l’ai commandé sur internet.

Jean-Blaise Fellay

 

Le dernier coup du rocker

HallydayConcert 1967Les funérailles nationales de Johnny Hallyday ou comment un mauvais garçon devient un symbole national. Il attire 800 000 personnes dans les rues de Paris et regroupe 700 bikers aux pieds de l’église de la Madeleine, le tout sous l’égide du jeune président de la République française.

Né d’un père belge, abandonné par lui dans une banlieue française, fasciné par Elvis Presley et la musique américaine, il change son nom, de Smet, pour un pseudonyme anglais, Hallyday, quelque part entre Holiday, le jour saint et Hollywood, le temple du cinéma. Et le voilà, tout jeune, qui se met à fracasser des guitares sur d’innombrables scènes de France, de Belgique et de Suisse. Il se donne un look de bad boy, poses provocatrices, drogue, fumée, boisson, filles, bande de copains, virées à moto… Dans la France de Charles de Gaule, très hostile à l’Amérique et face à un monde ouvrier dominé par le parti communiste, il se crée un public populaire qui, derrière les sonorités modernes, retrouve les thèmes les plus traditionnels: l’amour, l’abandon, la solitude, la rage de vivre, l’inextinguible espérance. Il est un introducteur d’une culture complètement inspirée des States dans l’habillement, les jeans, le Perfecto, la Harley-Davidson, et des sonorités inspirées du rock, du blues, du country, du métal, du hard. Mais finalement, il fréquente l’inusable registre du sentimental, du romantique, de l’extatique, affichant sans pudeur ses vulnérabilités.

Il y avait du religieux chez Hallyday

C’est par là qu’il a conquis un immense public et qu’il a suscité ce qu’il faut bien appeler une forme de culte, parce qu’il y avait du religieux chez lui. Il portait une croix sur sa poitrine découverte lors des concerts. Il a voulu une grande croix sur son cercueil blanc, son épouse Laetitia la portait également en évidence. Étonnante aussi la cérémonie religieuse avec tant d’artistes et de musiciens partageant des gestes de foi et de piété, sous la bénédiction de la très laïque République française.

Des intellectuels se sont indignés que l’on ait pu faire la comparaison avec les obsèques de Victor Hugo, qui avait suscité un engouement semblable à sa mort. On ne peut comparer le génie littéraire du poète à celui du chanteur rock mais les deux ont su toucher les sensibilités aux travers des classes sociales, par une forme d’authenticité de leur être. Même le clergé s’est mis au diapason. Je pense à Guy Gilbert, qui portait son étole de prêtre sur son habituel blouson de cuir lors de l’encensement du catafalque. Les textes, les témoignages, l’homélie proclamés à l’église de la Madeleine parlaient de douleur, de fraternité, d’amour, d’espérance et retrouvaient avec aisance le langage éternel du Royaume.

C’était vraiment l’inattendu dernier coup du mauvais garçon de la chanson.

Jean-Blaise Fellay

 

Les 500 ans de la Réforme vus de Berne

PalaisFederal nov2017 Fellay 1442Sons et lumières au palais fédéral ©Jean-Blaise Fellay 2017La capitale fédérale nous a offert un magnifique spectacle à l’occasion des 500 ans de la Réforme protestante. Projetée sur la façade du palais de la Confédération, une sorte de fresque en sons et lumières nous entraînait au travers des siècles dans une étonnante farandole. Je fus surpris car je m’attendais à la célébration de la naissance d’une nouvelle forme religieuse avec tout ce que cela présuppose de solennité et de grandeur. Ce fut l’inverse. L’accent était plutôt mis sur la violence et les souffrances que les  divisions confessionnelles ont entraînées. L’enseignement tiré était: «plus jamais ça». Une danse des morts actualisée nous mettait en garde.

Le cimetière de Bâle possédait avant la Réforme une danse des morts célèbre. Un squelette symbolisant la grande faucheuse entraînait dans une ronde fatale le pape, l’empereur, les rois, les princes, comme les riches marchands, des jeunes femmes radieuses comme des vieillards décrépis, des mendiants comme de gros propriétaires. Égalité de tous devant la mort, radicale relativisation des disparités sociales.

Ces disparités se retrouvent également entre les pages de l’histoire de Suisse. La fin des guerres religieuses permettait le retour de la prospérité avec l’industrialisation. La façade de l’assemblée nationale se transformait en un immense moteur dont les pistons donnaient un renouveau de puissance à l’économie. Puis elle se transformait  en un vaste buffet d’orgue dont les nombreux tuyaux laissaient à chacun la place de jouer sa propre partition dans la symphonie commune. Une fort belle façon de concevoir la mélodie œcuménique et fédérale.

Mais aussi de désenclaver la question religieuse. Le Kulturkampf du XIXe siècle courait le long des frontières confessionnelles, mais il cachait en fait un problème d’industrialisation, une confrontation entre le monde des fabriques et celui de la paysannerie. On peut regarder d’un même œil le schisme du XVIe siècle. Un débat théologique chrétien à coup sûr mais il se déchire sur des limites qui sont antérieures à la problématique religieuse, celle des frontières entre le monde romain et le monde germanique. Oppositions ethniques, culturelles, linguistiques, qui influencent les formes de piété, débouchent sur l’incompréhension et, si les passions politiques s’y ajoutent, débordent en hostilités guerrières.

Le spectacle de la Place fédérale, qui s’est projeté un mois durant, l’a suggéré sans succomber au relativisme contemporain ni à son dédain du religieux. L’immense descente de croix, qui, au cœur de la projection, barrait tout le bâtiment, le manifestait de manière magnifique. Splendeur d’un tableau et gravité de son contenu: une mort pour la paix, une souffrance en vue d’une espérance.

J’ai senti là une belle forme d’attente spirituelle: celle dont rêve notre époque. Très éloignée des affirmations de puissance, hostile aux condamnations dogmatiques, détestant l’ostentation et le pharisaïsme. La foi implicite de notre temps, c’est que la violence meurtrière n’aura pas le dernier mot, l’amour triomphera en restant modeste et sûr de lui, fort de son courage et de son authenticité. Dieu n’a pas besoin des sonneries d’apparat, il est trop soucieux d’agir dans la discrétion et l’efficacité. Même s’il ne dédaigne pas de resplendir en beauté.

Je trouve remarquable que ce soit la ville de Berne qui nous ait donné ce spectacle. Le choix de la cité fut décisif pour la Confédération suisse en 1528 lors de la rupture confessionnelle. A-t-elle voulu nous suggérer que cette fois le chemin était ouvert vers un christianisme réconcilié et non violent?

Jean-Blaise Fellay

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